vendredi 13 mai 2022

Chaumont-sur-Loire



    Voilà, l'annonce est tombée. À partir de ce soir minuit, confinement total pour quatre semaines. On va tourner en rond. Certes on a de la place pour tourner en rond. On peut même tourner en carré, en diagonal, en pointillé, sur une jambe ... mais quand même, ça va être dur ! 

    Mademoiselle vit dans une aile du château, Monsieur dans une autre et pendant quatre semaines ils ne doivent pas se croiser car Monsieur et Mademoiselle sont fâché.es, très fâché.es. C'est à cause de l'héritage. Elle le voulait rien qu'à elle puisqu'elle était l'aînée. Lui le voulait rien qu'à lui puisqu'il était le garçon. 

    Pourtant, du temps du père qu'elle et lui chérissaient, l'entente était parfaite. Elle était l'aînée. Lui était le garçon. Et le père ne faisait aucune différence. Quelle idée il a eu de mourir ! 

    Quand le notaire a lu son testament les faisant héritiers à égalité de ce petit bien immobilier qu'il leur léguait. qu'il leur interdisait de vendre, de transformer, de couper en deux, elle et lui l'ont haï. Très fort. Et elle a haï son frère. Et lui a haï sa sœur. 

    Comme quoi, hériter d'un modeste château, comme celui de Chaumont sur Loire, ce n'est pas une sinécure.

dimanche 1 mai 2022

Le Jarvousi

 Elle était de Marseille. 

N'avait pas d'âge. La seule chose que l'on savait d'elle c'est qu'elle avait vu, de ses yeux vu, la sardine qui avait bouché le port. Elle en parlait souvent et on aimait l'écouter ... et rêver. 

Quand elle a su qu'à Roukrakt il y avait le plus grand oiseau de la terre, le Jarvousi, elle a fait son baluchon et elle est partie. Mais où est Roukrakt ? Nul ne le savait. 

Elle a donc suivi son instinct, ce guide qui ne l'avait jamais trompée. Oh ! elle en a fait du chemin pour trouver. Elle en a traversé des pays. Des chauds. Des froids. Des ni chauds ni froids que l'on dit tempérés. Elle en a traversé des lacs, des océans. Elle en a traversé des déserts, des forêts immenses ... Elle en a vu, elle en a vu ! 

Et puis un beau matin, elle est arrivée au pied d'une falaise, haute, très haute. Une falaise qui dominait une vaste prairie d'herbe rase. Tout autour, la forêt. À l'autre extrémité, un étang où, le soir venu, les animaux allaient boire. C'était là qu'elle devait le rencontrer, le Jarvousi, alors elle s'est assise et elle a attendu. Ça lui avait pris des années mais comme elle n'avait pas d'âge, c'était sans importance. 

La journée a passé sans qu'il se manifeste. Elle n'entendait que le bruit des sabots d'une bête qui traversait à vive allure. Une bête qui devait savoir que là-haut, des yeux guettaient. Ce soir-là, les animaux sont arrivés par petits groupes de deux ou trois. La nuit est tombée et toujours pas d'oiseau. 

Le lendemain, calme plat jusqu'au moment où le soleil commençant à descendre, un troupeau de buffles sorti de la forêt s'est dirigé vers l'étang. C'est alors que le Jarvousi lança son cri, un cri énorme, monstrueux qui alla rebondir sur le toit du monde pour redescendre en échos successifs. Il déploya alors ses ailes, des ailes qui recouvrirent la prairie toute entière et cachèrent le soleil. Ce fut presque la nuit. Il tournoya au-dessus du troupeau paralysé. Il n'avait plus qu'à piquer sur lui, emporter une des bêtes pour la dévorer là-haut, sur la falaise. 

Elle avait vu le Jarvousi. Vu de ses yeux vu et elle aimait en parler. On l'écoutait ... et on rêvait. 

Elle était de Marseille

Aïe ! a crié chaque branche coupée Tu étais trop haut  a dit le sécateur Mais mon ombre était utile les jours de grand soleil ! Elle reviend...